Angelos Triantafyllou, « Alain Badiou : "La musique m’intimide" » ; François Balanche, « Du langage au langage musical : Boucourechliev lecteur de Barthes » ; Bruno Moysan, « La musicologie devant la philosophie ou comment ne pas faire de la confrontation seulement de… l’esthétique »

Séminaire transdisciplinaire "L’esthétique musicale entre philosophie et musicologie,
des croisements aux rencontres", organisé par Julien Labia (Philosophie, Paris IV) et Charlotte Loriot (Musicologie, Paris IV)

Vendredi 29 avril 2011
de 14h30 Ă  17h30
Salle D 224

Maison de la recherche
28, rue Serpente
75006 Paris

Angelos Triantafyllou (Versailles)

« Alain Badiou : " La musique m’intimide " »

Tout semble comme si Alain Badiou aurait fait sien l’adage de John Cage : il n’y a aucun problème avec les sons, le seul problème c’est la musique. Longtemps s’abstenant d’en parler, récemment Badiou s’exprime contre la musique. Rituel militaire ou spiritiste, elle intimide comme obligation structurante d’une société musicolâtre. D’autant que l’accusation de Badiou n’épargne pas la musique savante (Wagner par exemple), voire expérimentale. Qu’est-ce qui empêche ce penseur du Nombre en tant qu’Etre, d’en parler philosophiquement et pas seulement idéologiquement ? Lui manquerait-il la certitude, le fondement musical d’Adorno, ou bien le fondement métaphysique de Deleuze, ritournelle ou clameur de l’être ? Ou bien au lieu de chercher (comme le dernier à propos de Boulez) à rendre audible l’inaudible, préférerait-il de penser et de surmonter dans la musique la disjonction entre affect et calcul mathématique ? Et si cette disjonction, nous dit Badiou, suffirait-elle pour que la musique nous intimide ?


François Balanche (Montréal / EHESS)

« Du langage au langage musical : Boucourechliev lecteur de Barthes »

L’un des plus grands défis de l’esthétique musicale réside sans doute dans la transposition épistémologiquement valable de concepts philosophiques vers le champ musical. Que se passe-t-il lorsqu’un compositeur s’atèle à cette tâche difficile ? On se propose d’analyser ici la lecture et la récupération faites par le compositeur français André Boucourechliev (1925-1997) d’un court texte de Roland Barthes : le début de sa Leçon inaugurale prononcée au Collège de France en 1977, et publiée l’année suivante aux Éditions du Seuil sous le titre : Leçon.
Le succès de ces quelques paragraphes auprès d’un compositeur resté célèbre pour son travail autour de l’œuvre ouverte s’explique sans doute d’abord par le fait qu’il y est question d’oppression et de liberté : Barthes y dénonce en effet le caractère fasciste du langage et de la langue, lieux d’origine et de rayonnement du pouvoir et de l’asservissement généralisé. À l’inverse, la littérature se voit chargée par l’auteur d’une mission salvatrice : en tant que « révolution permanente du langage », elle nous permet d’entendre la langue « hors-pouvoir » et nous délivre de l’oppression syntaxique.
Boucourechliev ne se contente pas de citer « sagement » les premiers paragraphes de la Leçon ; il en transpose le contenu du champ philosophique et sémiologique vers le champ musical. Sous sa plume, ce n’est plus le langage qui doit être considéré comme le lieu d’origine et de rayonnement du pouvoir, mais le langage musical : ou plutôt, certains langages musicaux (celui de Beethoven en premier lieu). Or cette transposition ne va pas sans poser des problèmes insolubles : car dans la mesure où elles se fondent sur certaines propriétés ontologiques que la littérature ne partage pas avec la musique, les idées développées par Barthes sur l’écriture littéraire ne sont pas applicables telles quelles au cas de l’écriture musicale. Après avoir démonté le mécanisme de cette transposition et mis en lumière les problèmes qu’elle soulève, on prendra soin de l’historiciser en montrant qu’elle n’est que le masque d’une lecture téléologique de l’histoire, si caractéristique du discours des compositeurs de l’avant-garde musicale des années soixante et soixante-dix. En récupérant Barthes, Boucourechliev nous parle d’abord de lui-même et de ses propres préoccupations esthétiques.


Bruno Moysan (IEP)

« La musicologie devant la philosophie ou comment ne pas faire de la confrontation seulement de… l’esthétique »

Faisant suite à un premier Essai d'ego-musicologie donné en novembre au séminaire Musicologie et sciences sociales de l'EHESS, cet Essai d'ego-musicologie II se propose, à travers un regard rétrospectif sur presque vingt années de recherche, d'explorer non plus la relation musicologie et sciences sociales mais quelques éléments concernant les relations entre musicologie et philosophie. Quelle place donner à la philosophie dans le vaste concert des relations entre le discours sur la musique et le vaste champ des sciences de l'homme ? Est-il possible d'éviter soigneusement l'esthétique et la philosophie de l'art lorsqu'on veut ouvrir la musicologie sur autre chose et en particulier la philosophie ? Et si oui, le questionnement philosophique ne revient-il pas toujours, comme le sparadrap de Laszlo Carreidas, obstinément et surtout quand on croit s'en être débarrassé ?

Angelos Triantafyllou, « Alain Badiou :

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