Les cultures du divertissement, circulation des modèles et des pratiques. Projet de recherche 2014-18.

Les cultures du divertissement, circulation des modèles et des pratiques.
Une autre histoire européenne, d’Ouest en Est, des Lumières aux Guerres mondiales

(illustration: Artuš Scheiner , illustration pour Kocourkov : Z historie staroslavného města, Wenig, Adolf, 1874-1940, Praha, F. Topič, 1903.)

Les cultures du divertissement, circulation des modèles et des pratiques.
Une autre histoire européenne, d’Ouest en Est, des Lumières aux Guerres mondiales


Ce programme de recherche a pour but d’évaluer la part qu’a occupée le divertissement dans les cultures d’une Europe moderne et contemporaine souvent absorbée par des interrogations graves (l’art de la guerre, l’invention des cultures nationales, l’édification des empires, la maîtrise de la pensée et de la technique). On entend parcourir dans toute son ampleur le spectre sémantique du terme « divertissement », allant du plan théologique et métaphysique (le divertissement comme inscription dans le monde, contre le Ciel) jusqu’au registre de la futilité et des plaisirs simples de la distraction : entre ces deux extrêmes, une multiplicité de synonymes (diversion, subversion, loisir, oisiveté), une multiplicité de stratégies, de pratiques, et d’institutions sociales. Dans quelle mesure constituent-elles l’envers de la grande histoire, et des grands récits que l’on en fait ?
On s’intéressera surtout à la circulation des figures de la culture du divertissement d’Ouest en Est, depuis le XVIIIe siècle jusqu’aux Guerres mondiales : le succès et les reprises de la culture comique diffusées jusque dans les cultures d’Europe centrale et orientale – genre héroïcomique, parodie, satire, pour en saisir non seulement la cohérence historique mais aussi les trajets de sa diffusion européenne.
Du point de vue de l’histoire sociale, on proposera d’en comprendre les fonctions (divertissement ? diversion ? catharsis ? relai expressif palliant aux impasses des discours ?). Du point de vue esthétique, on tentera de comprendre comment s’articulent deux aspects a priori inverses : la légèreté et la trivialité. Opposées l’une comme l’autre à l’esprit de sérieux, elles suivent des stratégies et recourent en effet à des procédés différents, voire contraires.
L’esprit léger se présente comme un contre-point : aux grands enjeux philosophiques et moraux, à l’affirmation des codes culturels (sociaux, nationaux), à la tonalité d’une histoire souvent écrite, au service des idéologies, sur le registre grave et pathétique. Avec les armes de l’esprit, du brio, de l’élégance provocante, la légèreté se présente comme une position élitiste, fuyant par le haut l’obscurantisme vulgaire et la prose du monde : du libertinage aristocratique aux plaisirs raffinés de la culture bourgeoise. A l’inverse, le trivial, stimulé par la démultiplication de la production et de la diffusion culturelles, notamment par l’invention de vecteurs de masse, comme la presse, exploite les stéréotypes des registres bas, en reprenant notamment les procédés du genre héroïcomique, dont les modèles antiques sont périodiquement réactualisés de la Renaissance jusqu’au grotesque du XXe siècle.

Contact: Xavier Galmiche : Xavier.Galmiche@paris-sorbonne.fr,
Clara Royer: clararoyer@gmail.com


Les cultures du divertissement, circulation des modèles et des pratiques. Projet de recherche 2014-18.

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