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De l'Ecole viennoise d'histoire de l'art au Cercle de Budapest : mutations du formalisme.

L'Ecole viennoise d'histoire de l'art : une constellation intellectuelle en contexte
Le terme d'Ecole viennoise d√©signe un ensemble d'historiens de l'art autrichiens des XIXe et XXe si√®cles qui eurent pour particularit√©, entre autre, de combiner pratique et th√©orie, travail dans les mus√©es et recherche, et dont les orientations th√©oriques particuli√®res allaient, surtout pour la premi√®re g√©n√©ration, dans le sens d'un formalisme. A cette premi√®re g√©n√©ration appartinrent notamment Rudolf Eitelberger, ancien √©l√®ve de l'√©minent herbartien Robert Zimmermann et premier professeur d'histoire de l'art √† l'universit√© de Vienne en 1852, puis son √©l√®ve Moriz Thausing et enfin les √©l√®ves de ce dernier, Franz Wickhoff et Alois Riegl. Aux suivantes, Max DvoŇô√°k, Julius von Schlosser, Josef Strzygowski, Hans Sedlmayr, Otto P√§cht et Ernst H. Gombrich.
L'Ecole viennoise est rarement per√ßue comme un groupe et son √©volution sur plus d'un si√®cle n'est pas non plus √©tudi√©e et interpr√©t√©e au sein d'un contexte culturel et intellectuel plus g√©n√©ral. En s'appuyant sur les m√©thodes de l'intellectual history, il s'agira d'analyser √† la fois les relations internes (relations ma√ģtre-disciple, effets de g√©n√©ration) et externes du groupe avec les milieux universitaires et intellectuels autrichiens et d'autres √©coles d'histoire de l'art (par exemple les relations de Julius von Schlosser avec Benedetto Croce). La multiplication des perspectives sur la longue dur√©e d√©gagera les enjeux politiques et culturels de cette √©cole.

Le Cercle de Budapest (Budapester Sonntagskreis, 1915-1918)
Ce prolongement de l'école viennoise de l'histoire de l'art à Budapest interroge la fécondité sociologique du formalisme esthétique, et sa conjonction avec le marxisme. Le Cercle de Budapest rassembla de 1915 à 1918, souvent chez Béla Balázs ou chez Georg Lukács, un petit groupe d'artistes et d'intellectuels essentiellement hongrois. Il regroupa le sociologue Karl Mannheim, l'écrivain Anna Leznai, les musiciens Béla Bartók et Zoltán Kodály, l'économiste Karl Polyani, les historiens d'art Arnold Hauser, Frederik Antal, Johannes Wilde et Charles de Tolnay. A partir de 1917, Georg Lukács devint la figure centrale du groupe à tel point qu'on appelle parfois ce dernier le Cercle de Lukács.
Le Cercle de Budapest permet de réfléchir à l'émergence en Europe au début du XXe siècle d'une sociologie de l'art au croisement de deux courants majeurs : celui du formalisme, et celui de la philosophie de l'histoire et du matérialisme dialectique marxiste. On peut faire remonter cette genèse aux tensions entre esthétique hégélienne et esthétique herbartienne qui ont marqué tout le XIXe siècle.


From the Vienna school of History of Art to the Budapest Circle: transformations of Formalism

The Vienna school of art : a constellation in context
The Vienna school of History of Art was a place of innovation. These historians wanted a science of art combining practice and theory, museums and abstract research, and who, especially for the first generation, went towards Formalism. Rudolf Eitelberger, a student of Robert Zimmermann and first Professor of History of Art at Vienna University in 1852 belongs to this first generation, and he was followed by Moritz Thausing, Franz Wickhoff and Alo√Įs Riegl. The next generation includes Max DvoŇô√°k, Julius von Schlosser, Josef Strzygowski, Hans Sedlmayr, Otto P√§cht and Ernst H. Gombrich. Some of them are very famous in France and Germany, such as Alo√Įs Riegl, who influenced Walter Benjamin, Aby Warburg (through his friend Fritz Saxl, graduated in Vienna) or Max Weber, in his sociological research on music. But this school is rarely perceived as group, neither is its evolution over more than a century, studied in a broader intellectual and cultural context.
Using the methods of intellectual history, it will be a question of analysing both the internal relationships (master-disciple relationship, generational effects etc..), and external relationships of the group, with Austrian academic and intellectual circles and with other schools of art history (eg relations between Julius von Schlosser and Benedetto Croce). The multiplication of perspectives on the long term will bring out the political and cultural issues of this school.

The Budapest Circle (Budapester Sonntagskreis, 1915-1918)
This extension of the Viennese school of art history in Budapest interrogates the sociological fertility of aesthetic formalism, and its conjunction with Marxism. The Budapest Circle brought together from 1915 to 1918, often in Béla Balázs' or at Georg Lukács' houses, a small group of mainly Hungarian artists and intellectuals. It brought together the sociologist Karl Mannheim, the writer Anna Leznai, the musicians Béla Bartók and Zoltán Kodály, the economist Karl Polanyi, and the art historians Arnold Hauser, Frederick Antal, Johannes Wilde and Charles de Tolnay. From 1917, Georg Lukács became the central figure of the group to such an extent that it is sometimes called the Lukács Circle.
The Budapest Circle allows us to reflect on the emergence in Europe in the early twentieth century of a sociology of art at the crossroads of two major currents : Formalism, and the history and philosophy of Marxist dialectical materialism. It is possible to trace its genesis to the tension between Hegelian and Herbartian aesthetics which marked the entire nineteenth century.

Formesth