présentation

FORMESTH est un projet qui a mûri autour de plusieurs constats, qui tous supposent des compétences pluri-disciplinaires et pluri-linguistiques pour être étudiés :

1/ L'histoire de la philosophie de langue allemande au XIXe siècle en France présente un certain nombre de lacunes, de silences qu'il convient de rediscuter afin de réévaluer le poids de l'idéalisme allemand et de la phénoménologie dans les analyses esthétiques. Herbart et Bolzano sont des exemples patents d'une réflexion esthétique post-kantienne méconnue en France, mais dont le poids fut tel à Vienne puis dans l'Empire austro-hongrois que l'on a pu la qualifier de philosophie officielle. Exigeant clarté et distinction dans les jugements, niant que l'œuvre d'art exprime un quelconque absolu, mais aussi que l'intuition soit le critère du beau, le formalisme esthétique rompt avec les théories du génie et de l'ineffable issues du romantisme et de l'idéalisme allemand.

2/ Même caricaturale, la fracture entre philosophie analytique et cognitivisme d'une part, philosophie continentale d'autre part, est aujourd'hui une évidence en esthétique. Or cette coupure vaut peut-être d'abord par méconnaissance du XIXe siècle, et tout particulièrement du terreau européen, qui voit naître les deux versants de cette fracture. L'espace austro-hongrois conjugue ce qui semble aujourd'hui incompatible : il révèle les racines de la philosophie analytique, ancrée dans le Cercle de Vienne, dont les membres exilés aux Etats-Unis et en Angleterre dès les années 1930 seront le ferment, mais n'ignore pas, ne serait-ce que parce qu'il est aussi un espace germanophone, la tradition continentale. Nous nous situerons en amont de la « Vienne 1900 » et du Cercle de Vienne, au XIXe siècle, chez Bernard Bolzano (1781-1848) et Johann Friedrich Herbart (1776-1841), qui repensent l'héritage de Kant, refusent celui de Hegel, et se veulent dignes de Leibniz.

3/ Un vaste effort se met en place dans les sciences humaines depuis la chute du Mur de Berlin pour surmonter les histoires strictement nationales des savoirs et des cultures et refonder le discours critique en prenant en considération les phénomènes de réseaux et de circulation caractéristiques du XIXe siècle autrichien, en réfléchissant sur leurs partages épistémologiques et méthodologiques. Il devient possible de requalifier des transferts culturels qui constituent la trame même de l'espace des idées européennes. Herbart le disait, et c'est le titre d'un ouvrage de Josef Zumr, « Si nous avons une culture, notre patrie est l'Europe ». Cette relecture sera aussi une réévaluation des éléments précurseurs des avants gardes et de la modernité esthétique au tournant du XXe siècle.


FORMESTH is a project that was put in place to study a number of facts, the study of which requires pluri-disciplinary expertise and pluri-language skills.

1/ The history of philosophy in German in France in the nineteenth century has a number of gaps, silences that needs to be re-discussed, in order to reassess the weight of German idealism and of phenomenology in the aesthetic analysis. Herbart and Bolzano are great examples of a post-Kantian aesthetic that is little known in France, but whose impact was so great in the Austro-Hungarian Empire that it has been described as an official philosophy. Because it requires clarity and distinction in judgments, and also by denying the fact that an artwork expresses some kind of absolute and that intuition is the criterion of beauty, aesthetic formalism moves away from the theories of genius and the ineffable produced by Romantic and German idealism.

2/ Even if it is a bit of a caricature, the opposition between analytic and continental Philosophy is now obvious in aesthetics. But this split is also a misunderstanding coming from ignorance of the 19th century, and especially of the complexity of (central) Europe. The Austro-Hungarian Empire was the birthplace of these two currents which nowadays seem incompatible : analytic philosophy, which was deeply rooted in the Austro-Hungarian Empire, but which, for historical reasons (the main one being the exile of its members fleeing Nazi Germany and the Anschluß), became an American and British one. But because this place was also German-speaking, it could not ignore the idealistic and romantic tradition. We will start from the very beginning of this intellectual adventure, that is to say from the beginning of the 19th century, after the heyday of idealism, as Bolzano and Herbart were initiating a way of thinking that runs through all the century, reforming Kant, refusing Hegel, and trying to prove themselves worthy successors of Leibniz.

3/ Since the Fall of the Berlin Wall, human sciences have been trying to overcome the national historical traditions, but also the ideological interpretations, in order to build a new critical discourse. It is time we reconsidered the reality of the 19th century, its specific and characteristic intellectual networks and its methodological and epistemological divisions. An historical analysis taking into account the history of institutions (schools, universities, libraries) could show the high level of this integrated space. It is urgent to describe and qualify this complex space of European ideas in the 19th century. As Herbart said - this is actually the title of one of Josef Zumr’s Book : « Unser Vaterland, sofern wir Kultur besitzen, ist Europa ». The rereading will be also a reevaluation of the “avant-gardes” and the modernity of the beginning of 20th century.

Formesth